basC'est vraiment la guerre. Non mais, jusqu'ici, on savait ben qu'on était en guerre mais ça restait quand même du domaine de l'abstrait. Sauf que là... Pis je dis pas ça à cause des reportages de Richard Latendresse à TVA. Ou parce que l'intuable Derome tel un Rambo 4 s'en va en Afghanistan. Je dis ça parce que depuis quelques semaines, chaque matin, quand j'ouvre mon tiroir de bas et de bobettes, c'est rendu que je pense à la guerre.

Y a peut-être trois ans, quand Julie pis moi on est déménagé du 327A au 327B (c'est à dire, à un gros mètre de distance), on a pris l'appart de notre ex-voisin, un chic type du nom de Pat. Comme on avait partagé la même galerie pendant près d'un an, on avait fini par sympathiser. À l'époque, j'étais encore membre du légendaire groupe rock Iron Bédène et à chaque show, on se payait allègrement la gueule des soldats en interprétant Chevalier de l'an 2000. Un bon moment donné, alors que je buvais de la bière avec un copain, on s'est mis à chanter cette chanson là pis Pat qui était à l'extérieur, l'avait trouvé ben bonne.

Naturellement, comme il s'agit de la vie improbable de Joël Martel, quelques secondes plus tard, j'apprenais que Pat venait tout juste de s'enrôler dans l'armée. Les mois passaient et une fois de temps en temps, lui et moi, on parlait du monde, de la guerre. Ceux qui me connaissent en savent quelque chose, je suis pas trop un trippeux de guerre et si un jour j'avais participé à La tête de l'emploi, personne ne m'aurait cru si j'avais tenté de me faire passer pour un militaire. Mais bon, j'avais un grand respect pour Pat et il me le rendait très bien.

Un bon soir, j'étais en train de m'en griller un avec lui et on est encore venu sur le sujet. "Moi man, je veux aller au front. Je veux tirer sur les méchants. Je suis né pour ça." Écrit comme ça, ça fait totalement débile mais le gars disait ça avec la même sobriété avec laquelle un chirurgien dirait: "Moi man, je veux opérer du monde. Je veux enlever des tumeurs. Je suis né pour ça." Ça reste que quand il m'avait dit ça, je me rappelle m'être étouffé.

"Mais t'as pas peur un jour de t'apercevoir que y a pas vraiment de méchants?" que j'ai demandé avec une certaine prudence. Là, j'ai vu dans les yeux de Pat un certain doute mais deux secondes plus tard, il me répondait que "Oui des fois." Le gars était pas con du tout. Mais vraiment pas. "Pis... t'as pas peur des fois de te faire tuer?" que j'ai répliqué. "Non. Si chus pour mourrir de même, je peux rien faire contre ça. Pis si c'est pour permettre à des gars comme toi de continuer à écrire des bonnes tounes pis à faire réfléchir le monde, ben tant mieux!" Non mais comprenez-vous que j'ai rarement été cassé comme ça.

Quelques mois plus tard, Pat a déménagé pis on a pris son appartement. Comme y avait laissé du stock dans notre petit entrepôt, notre proprio avait fait le ménage mais j'avais eu le temps de garder un paquet de paire de gros bas de l'armée. Pis là, au début du printemps, Pat est venu me voir à la bibli pis il m'a annoncé qu'il partait en Afghanistan. Là, il est parti.

Savez-vous quoi? J'aimerais crissement ça pouvoir lui redonner ses bas.