botteJe lis pas mal de ces temps-ci et quand je sors fumer une cigarette, je m'amuse à m'imaginer de quoi j'aurais l'air si j'étais devenu écrivain. Je me dis que je serais peut-être un gars crissement hot et que je serais certainement plus fier de ma personne. Je mettrais pas ma grosse froque bleu marin et je ne mettrais plus ma paire de bottes qui fait que deux secondes après les avoir mises, je me mets à horriblement puer des pieds.

Je me dis que crisse que j'ai hâte que la neige soit partie juste pour que je puisse arrêter de mettre ces crisses de bottes là. Je me dis que ça serait pas un mauvais investissement de m'acheter tout de suite une nouvelle paire mais d'un autre côté, je me dis que ce que je sauve sur cette future paire de bottes, je pourrai le mettre sur ma future paire de Converse. Aussi, je sais pas comment je vais faire pour me débarrasser de ma vieille paire de bottes parce qu'elles ont une valeur sentimentale.

C'est probablement les seules bottes qui m'auront ému de toute ma vie. Je vais toujours me rappeler de ce matin où mes beaux-parents, René et Lise, sont arrivés dans mon appartement et m'ont dit: "Là Joël, tu vas arrêter de passer tes journées les pieds mouillés, ça a pas d'allure. On t'a acheté des bottes." Ils le savaient que j'étais tollé comme le crisse... en fait, Julie et moi, on était tollé comme le crisse. Y avait René qui me regardait avec son air complice et c'était totalement fascinant de voir dans ses yeux à quel point ça lui faisait autant plaisir que moi de m'avoir dégotté ces bottes là. En fait, je vous écris ça et j'ai les yeux pleins d'eau.

Je sais pus ça fait combien de temps que c'est arrivé... peut-être deux ans... peut-être même trois ans... Les choses ont pas mal changé. Je suis pas encore riche mais je suis pus tollé. Je fume pus de battes, juste des clopes. Je mange presque pus de chips et mon miroir m'en remercie tous les matins. J'ai un autre chat. Y parait même que j'ai la vie devant moi. Et j'ai des bottes qui chlinguent terriblement.